24.08.2007 08:30:25 |
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| EricL |
20 au 24 août 2007
L'AC Clapiers aligne 6 coureurs au départ de cette épreuve mythique qui ne se déroule que tous les 4 ans. 1225 kms, 10 000m de D+, à parcourir non stop jour et nuit. Retrouvez mon récit, des photos, les courbes et les résultats ici...
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Préambule
Août 1999 : Gérald vient de terminer un Paris Brest Paris en 48h03. Ca me paraît surhumain et vraiment réservé à une élite dotée de capacités hors norme. Comment peut-on rouler pendant 1200 kms sans s’arrêter ou presque, ni dormir ? Moi, ça fait un an que j’ai rejoint ce club de cyclisme de loisirs de Clapiers « où ça roule », et au bout d’une sortie de 150 kms, j’ai mon compte. A l’époque, je ne pouvais pas me douter où cela m’amènerait. C’est ainsi que progressivement, j’ai franchi les barres des brevets de 150 kms à des 200 kms, 300 kms, 400 kms, 600 kms, Bordeaux Paris, raids de plusieurs jours. Et enfin cette année je passe le mythique Paris Brest Paris, presque facilement.
Je veux dire tout de suite à tous ceux qui pensent « Paris Brest, ce n’est pas pour moi » qu’ils se trompent. Tout cyclo a les moyens physiques pour le faire, il suffit, pour s’en convaincre, de regarder ces milliers de personnes qui se lancent ce défi, pour la plupart beaucoup moins bien préparées et entraînées que nous. Il faut juste développer cette capacité de l’esprit qui permet de dire : « je peux le faire. Je ne sais pas comment, mais je peux le faire ».
Ma progression depuis ces dernières années est fulgurante et j’ai l’impression de pouvoir en faire toujours plus. Mais je crois quand même qu’avec plus de 50 heures consécutives sans dormir, je suis au bout de ce qu’on peut humainement supporter en une seule traite.
Août 2007
Paris Brest Paris, une course mythique fréquentée par cette année par 5300 partants, dont plus de la moitié d’étrangers venant de 40 pays du monde entier. Au programme, 1225 kms, des centaines et des centaines de côtes, plus de 10 000m de dénivelé cumulé. Seulement 3700 arrivants pour cette édition rendue particulièrement difficile par les conditions météo.
Paris Brest Paris, une course sans classement et sans autre récompense que la satisfaction de l’avoir terminée. Une course dans laquelle on court pour soi, et aussi contre soi de temps en temps, mais jamais contre les autres. Une épreuve extrême où beaucoup vont aller chercher très loin au fond d’eux-mêmes la motivation et la force pour continuer, ne pas arrêter. Même ceux qui vont mettre 75 heures et plus ne vont pas dormir plus de 3 ou 4 heures sur l’ensemble.
Casse croûte
On peut faire Paris Brest Paris en 90 h maximum, en dormant un peu chaque nuit, et en s’accordant de longues pauses pour manger. Ou bien on peut choisir de le faire « non-stop » avec seulement des arrêts aux contrôles limités au strict nécessaire pour manger et éventuellement se changer. C’est ce choix que nous avons fait Patrick, Gérald et moi, et qui a été rendu possible par l’assistance assurée par le fils de Patrick et son copain.
Pour effectuer sa meilleure performance personnelle possible, il est en effet nécessaire de n’avoir rien d’autre à penser et à faire que rouler. Le rôle de l’assistance est de nous attendre à chaque contrôle (ils n’ont pas le droit de se trouver sur le parcours officiel), de savoir à l’avance de quoi on aura besoin, de préparer la nourriture, les sandwichs, la soupe pour le soir, les vêtements qu’on voudrait changer, de remplir les bidons et les poches de ravitaillement.
Notre assistance, complètement néophyte en la matière, a découvert le boulot sur le tas, mais s’est très vite adaptée et a pris le rythme rapidement. Etant donné qu’on était 3 coureurs, c’était aussi autant plus de travail et la durée des arrêts en a été rallongée proportionnellement. Pour une première, ils se sont très bien comportés et on était franchement aux petits soins dès le 3ème ou 4ème contrôle. Bravo et merci à eux.
Une autre condition pour une bonne performance non-stop est bien sûr la préparation physique. Elle commence dès le 1er janvier. De mars à juin, il faut passer les brevets qualificatifs de 200, 300, 400 et 600 kms. Ils ne sont pas très difficiles car les délais sont larges. Ils sont une bonne occasion de commencer à tester l’équipement (bagages éventuels, et surtout éclairage pour les 2 plus longs brevets). Mi juin, les longues distances sont terminées et il reste 2 mois avant l’épreuve. Ceux-ci sont utilisés en mélangeant les sorties fréquentes de 80 à 100 kms, avec des sorties plus longues de 160 à 200 kms vallonnées et très rythmées. Les 4 semaines précédant le 15 août sont les plus chargées avec environ 2000 kms parcourus dans ce mois. Au total, on se présente au départ avec 11000 à 12000 kms effectués depuis le début de l’année, et on est devenu la machine à rouler qui permettra d’aller au bout de cette balade sans histoire. Etre assis sur un vélo à pédaler doit être devenu aussi naturel et confortable que marcher ou respirer.
Sur la route
La dernière condition est la préparation mentale. Il faut acquérir la certitude qu’on ira au bout. La simple possibilité d’abandon ne doit même pas être envisagée. Pour ma part, ça faisait déjà longtemps que je l’avais dans la tête et je n’ai jamais eu le moindre doute de terminer. Comme pour chaque nouvelle expérience, je ne savais pas vraiment comment j’allais passer à travers, mais j’étais totalement convaincu que ça allait le faire.
Enfin, il faut définir un objectif réaliste, qu’on base sur ses expériences précédentes et sur ses capacités physiques : avec Patrick et Gérald, nous avons fait une très grande partie de l’entraînement ensemble et nous sommes parfaitement réglés pour rouler de concert. Nous partons pour 50 à 55 heures. On pourrait viser 50 heures, on a la capacité pour le faire, mais le moindre accroc, la moindre défaillance de l’un de nous, et ce serait l’échec assuré. Il faut être raisonnable car il vaut mieux réussir un objectif réaliste qu’en rater un trop ambitieux. Qui sait, si la météo et les circonstances le permettent, on pourra peut être faire mieux.
Entre le 15 et le 20 août, c’est repos complet et gavage. Du fait que je ne roule plus et ne fait quasiment rien d’autre non plus, je me mets à penser à un tas de choses : suis-je correctement préparé ? Est-ce que notre objectif est réaliste ? Est-il vraiment raisonnable de prendre le départ de ce truc de fous ? Peut-on vraiment rouler pendant 2 jours et 2 nuits sans dormir ? Je me réponds aussi vite : des milliers de gens moins en forme que moi le font et terminent tous les 4 ans, il n’y a pas de raison que je ne puisse pas le faire aussi.
20 août, 21h00 : les premiers, qui vont jouer la gagne, sont déjà partis depuis une heure. Et 3500 cyclos vont aussi partir entre 21h et 22h30, beaucoup moins rapides ceux là . Nous, nous avons choisi le départ de 5h du matin mardi. La raison en est que les gens partant à cet horaire sont des bons rouleurs expérimentés et réguliers avec qui on pourra bien avancer. Il sera beaucoup moins dangereux de rouler avec ce paquet que de partir pour 300 kms de vraie course dans la nuit. Je vais me coucher pour une courte nuit.
Le départ
On arrive au gymnase des droits de l’homme à 4h30, où on retrouve Georges et Jean Pierre. On effectue le premier pointage et on se masse dans le sas de départ. On est 750 sur ce départ, et on doit être vers la 250ème place. Encore 10 à 15 minutes d’attente, et ça y est, le départ est donné à 5h05 exactement. Pour l’instant, le temps est sec. Comme prévu, ça ne part pas trop vite, et sous l’impulsion de Gérald, on remonte jusqu’à la tête. Beaucoup de dangers sur ce départ avec des terre-pleins, des trottoirs, des ralentisseurs à bords inclinés. D’ailleurs, un cyclo pas loin de moi n’est pas assez attentif et chute en faisant déraper sa roue avant sur un de ces bords. Arrivés dans les premières places, on commence à faire rouler avec l’idée d’engager un relai avec les rouleurs présents. Malheureusement, il n’y a pas beaucoup de volontaires et on fait une grosse partie du travail nous même. C’est assez grisant de se trouver en tête et de se dire qu’il y a 750 gars et filles qui suivent plus ou moins en file derrière.
Les courbes
Pour chaque étape, vous trouverez ci dessous les courbes de dénivellé (marron), de vitesse (bleue), et ma fréquence cardiaque (rouge). Quand la courbe bleue tombe en bas, c'est un arrêt (vous voyez par exemple qu'on a fait un seul arrêt sur la première étape au km 72, je vous laisse deviner pourquoi). La courbe de fréquence cardiaque permet aussi de détecter facilement les côtes, même les plus courtes. Les données sont enregistrées avec un échantillonnage de 15 secondes. Cliquez sur les courbes pour les voir en grand.
Mardi 9h39 : Mortagne au Perche


Guyancourt - Mortagne au Perche
| Position |
Heure |
Temps cumul |
Durée étape |
FC Max |
FC Moy |
FC Min |
Dist étape |
km/h étape |
D+(m) |
Dist cumul |
| Mortagne |
09:39:30 |
4:34:30 |
4:34:30 |
183 |
139 |
99 |
141,56 |
31,10 |
985 |
141,56 |
Nathalie et les enfants doivent être en train de petit déjeuner, nous on roule depuis presque 5h. L’arrêt ne devait durer que 5 secondes pour un ravitaillement musette, mais l’assistance n’est pas au point et on doit aller à la voiture pour les chercher. L’arrêt ne dure tout de même qu’une minute, et on repart vers Villaines avec déjà beaucoup moins de monde sur le porte bagage.
Arrêt 0:01:00, départ à 09:40:30
Mardi 12h18 : Villaines la Juhel

Mortagne - Villaine la Juhel
| Position |
Heure |
Temps cumul |
Durée étape |
FC Max |
FC Moy |
FC Min |
Dist étape |
km/h étape |
D+(m) |
Dist cumul |
| Villaines |
12:18:15 |
7:13:15 |
2:37:45 |
177 |
146 |
109 |
81,57 |
31,20 |
689 |
223,13 |
Sur cette étape, une voiture du journal « Le Perche » nous double et un peu plus loin on nous prend en photo. Je ne me doute pas à cet instant qu’on reverra cette photo dans quelques heures. Cette fois, l’assistance a les musettes dans les mains. Ils échangent les bidons pendant qu’on va rapidement pointer, on remplit les poches. L’arrêt dure 3 min 30. On repart seul. Sur cette étape, on va commencer à doubler des cyclos qui sont partis 7 heures avant nous. Ca ne va pas arrêter pendant des centaines de kilomètres, et c’est très motivant de doubler comme ça en permanence.
Arrêt 0:03:30, départ à 12:21:45
Mardi 15h36 : Fougères

Villaines la Juhel - Fougères
| Position |
Heure |
Temps cumul |
Durée étape |
FC Max |
FC Moy |
FC Min |
Dist étape |
km/h étape |
D+(m) |
Dist cumul
|
| Fougères |
15:36:00 |
10:31:00 |
3:17:15 |
166 |
144 |
109 |
89,70 |
28,50 |
744 |
312,82 |
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Contrôle
La moyenne sur cette étape a baissé, mais on a roulé seuls, le profil devient plus accidenté et on en est à 10h30 de route. A ce moment de la course, on a bien l’impression d’avoir fait déjà une assez longue sortie.
Quand on se dit qu’il reste 950 kms, on a du mal à imaginer comment on va aller au bout sur ce rythme. Il suffit de ne pas y penser, et de se contenter de gérer l'étape courante.
Arrêt 0:06:15, départ à 15:42:15
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Mardi 17h32 : Tinténiac

Fougères - Tinténiac
| Position |
Heure |
Temps cumul |
Durée étape |
FC Max |
FC Moy |
FC Min |
Dist étape |
km/h étape |
D+(m) |
Dist cumul |
| Tinténiac |
17:32:45 |
12:27:45 |
1:50:30 |
160 |
138 |
110 |
53,86 |
29,60 |
304 |
366,69 |
Cette étape est très courte et ça motive pour la passer rapidement. On maintient une bonne vitesse.
Arrêt 0:14:45, départ à 17:47:30
Mardi 20h44 : Loudéac

Tinténiac - Loudéac
| Position |
Heure |
Temps cumul |
Durée étape |
FC Max |
FC Moy |
FC Min |
Dist étape |
km/h étape |
D+(m) |
Dist cumul |
| Loudéac |
20:44:30 |
15:39:30 |
2:57:00 |
155 |
129 |
101 |
85,30 |
29,00 |
725 |
451,98 |
Ca fait 15h qu’on roule, on a fait un tiers de la route à 30 kmh de moyenne, et franchement on est toujours en bonne forme. On se prépare pour la nuit en se couvrant un peu plus. On prend une soupe chaude, des sandwichs, fruits et du café. Je donne un support et une lampe à Patrick qui a perdu les siennes (son support de potence a cassé net sur un passage de pavés). On repart après 55 minutes, on aurait pu faire plus vite, mais on a en fait jamais pensé à chronométrer et gérer la durée des arrêts.
Arrêt 0:54:45, départ à 21:39:15
Mercredi 0h50 : Carhaix

Loudéac - Carhaix
| Position |
Heure |
Temps cumul |
Durée étape |
FC Max |
FC Moy |
FC Min |
Dist étape |
km/h étape |
D+(m) |
Dist cumul |
| Carhaix |
00:50:30 |
19:45:30 |
3:11:15 |
146 |
110 |
93 |
74,41 |
25,50 |
727 |
526,39 |
Nathalie et les enfants sont en train de dormir. La nuit, on roule un peu moins vite, la route mouillée renvoie mal la lumière et la visibilité est mauvaise. On est aussi plus long à se ravitailler. On prend un café presqu’à chaque contrôle.
Note : la ceinture cardiaque a glissé, pas de données pour la fin de cette étape.
Arrêt 0:25:00, départ à 01:15:30
Mercredi 4h50 : Brest

Carhaix - Brest
| Position |
Heure |
Temps cumul |
Durée étape |
FC Max |
FC Moy |
FC Min |
Dist étape |
km/h étape |
D+(m) |
Dist cumul |
| Brest |
04:50:15 |
23:45:15 |
3:34:45 |
137 |
111 |
81 |
87,49 |
24,50 |
724 |
613,89 |
Ca y est, on est à Brest en 23h45, ce qui est grosso modo le temps prévu. Jusqu’ici, on s’est arrêté 2h15 et on a roulé 21h15, soit 28,9kmh de moyenne. Mon Polar me donne un dénivelé de 5005m. Cette étape comprenait la seule longue côte du parcours : le Roc de Trévezel (une ascension pas très difficile de 17 kms qui monte doucement et de façon irrégulière). De l’autre coté, une longue descente sur Brest, et une côte finale de 2 kms à 4,3% pour arriver au contrôle. Enfin, à partir de maintenant, chaque km qu’on va faire, c’est dans le bon sens.
Arrêt 0:33:45, départ à 05:24:00
Mercredi 8h49 : Carhaix

Brest - Carhaix
| Position |
Heure |
Temps cumul |
Durée étape |
FC Max |
FC Moy |
FC Min |
Dist étape |
km/h étape |
D+(m) |
Dist cumul |
| Carhaix |
08:49:45 |
27:44:45 |
3:25:45 |
136 |
111 |
82 |
83,61 |
24,40 |
876 |
697,50 |
Déjà plus d’un tour de cadran. Nathalie et les enfants ont du se lever de nouveau à cette heure. La route du retour est légèrement différente sur le début de l’étape, mais on revient vite sur le parcours aller et on doit gravir Trévezel de nouveau. La première nuit est passée sans difficultés ni envie de dormir. Avec le jour qui se lève, l’organisme repart lui aussi.
Arrêt 0:07:45, départ à 08:57:30
Mercredi 11h46 : Loudéac

Carhaix - Loudéac
| Position |
Heure |
Temps cumul |
Durée étape |
FC Max |
FC Moy |
FC Min |
Dist étape |
km/h étape |
D+(m) |
Dist cumul |
| Loudéac |
11:46:00 |
30:41:00 |
2:48:30 |
139 |
116 |
86 |
75,50 |
26,90 |
738 |
773,00 |
On voit bien que l’organisme est reparti et l’étape est bouclée plus rapidement.
Arrêt 0:17:15, départ à 12:03:15
Mercredi 15h36 : Tinténiac

Loudéac - Tinténiac
| Position |
Heure |
Temps cumul |
Durée étape |
FC Max |
FC Moy |
FC Min |
Dist étape |
km/h étape |
D+(m) |
Dist cumul |
| Tinténiac |
15:36:15 |
34:31:15 |
3:33:00 |
135 |
109 |
84 |
85,79 |
25,00 |
633 |
858,79 |
Le vent a forci et il a tourné à l’est, ralentissant notre allure. On l’a toujours de face. De plus, on emprunte des petites routes assez mauvaises et quelques raidards à 10% cassent le rythme.
Arrêt 0:35:00, départ à 16:11:15
Mercredi 18h11 : Fougères

Tinténiac - Fougères
| Position |
Heure |
Temps cumul |
Durée étape |
FC Max |
FC Moy |
FC Min |
Dist étape |
km/h étape |
D+(m) |
Dist cumul |
| Fougères |
18:11:00 |
37:06:00 |
1:59:45 |
146 |
118 |
88 |
53,73 |
27,00 |
369 |
912,52 |
Revoilà cette courte étape, on a pu de nouveau accélérer un peu sur ce morceau. On se prépare pour la seconde nuit qui va arriver au milieu de la prochaine étape. On mange chaud.
Arrêt 0:30:15, départ à 18:41:15
Mercredi 22h20 : Villaines la Juhel

Fougères - Villaines la Juhel
| Position |
Heure |
Temps cumul |
Durée étape |
FC Max |
FC Moy |
FC Min |
Dist étape |
km/h étape |
D+(m) |
Dist cumul |
| Villaines |
22:20:00 |
41:15:00 |
3:38:45 |
149 |
119 |
89 |
88,30 |
24,30 |
850 |
1000,82 |
Voila la barre des 1000kms. On en est à 41h15 de temps total, (36h52 de route à 27,2kmh, 4h23 d’arrêts). Nathalie et les enfants vont aller se coucher pour la seconde fois, et nous on continue à rouler. Au début de cette étape, Gérald a tenté de mettre un peu le feu et de faire rouler les quelques gars qui étaient avec nous, ce qui a fonctionné un moment mais chaque côte désorganisait le relai.
Arrêt 0:38:15, départ à 22:58:15
Jeudi 02h32 : Mortagne au Perche

Villaines la Juhel - Mortagne
| Position |
Heure |
Temps cumul |
Durée étape |
FC Max |
FC Moy |
FC Min |
Dist étape |
km/h étape |
D+(m) |
Dist cumul |
| Mortagne |
02:32:15 |
45:27:15 |
3:34:00 |
154 |
118 |
84 |
81,22 |
22,90 |
845 |
1082,04 |
Â
On fait la Une du Perche
A mon tour d’avoir un coup de fatigue. Mauvaises sensations dans les jambes qui ne veulent plus appuyer, il pleut, je n’y vois rien avec les lunettes que j’enlève. Je suis trop couvert, j’ai trop chaud, j’ouvre tout. J’ai bien mangé à l’arrêt, je sais que ça va revenir, il faut juste attendre en tournant un petit braquet.
Je suis dans ma bulle. On ne se parle pas. Patrick est devant et je vois bien qu’il attend. Gérald est tantôt devant, tantôt derrière et je suis persuadé que lui aussi attend que j’aille mieux.
Au bout d’une heure ou deux, tout d’un coup je vais mieux et j’accélère naturellement alors que Patrick et Gérald sont derrière. Je les distance mais je vérifie de temps en temps que je vois toujours leurs lampes derrière. En même temps, comme je suis maintenant bien, j’ai envie de jouer un peu et je garde un bon rythme pour qu’ils ne reviennent pas sur moi trop vite.
Dans la nuit noire, je vois de temps en temps des feux rouges au loin et ça me motive pour accélérer encore et les rejoindre.
J’arrive finalement à Mortagne et je m’attends à voir Patrick et Gérald déboucher rapidement. Plusieurs cyclos arrivent, mais c’est ceux que j’ai doublés. Au bout de 15 ou 20 minutes, Patrick arrive, seul. Il m’apprend que Gérald est complètement de travers. Il arrive finalement, escorté par le couple ardéchois qui avait fait le brevet 600 avec nous.
Dans le local du contrôle, sur le présentoir à journaux, on remarque le journal « Le Perche ». La photo de nous 3 qui a été prise mardi matin fait la une ! On achète le journal.
Gérald ne va pas bien du tout. Je pense qu’il n’a pas assez mangé et je lui donne un gel Maxim (100 grs de sucre rapide, assimilation en 15 minutes). Depuis que je suis arrivé, il s’est passé 1h11. On repart enfin. Plus que 140 kms, une simple formalité.
Arrêt 1:11:30, départ à 03:43:45
Jeudi 7h40 : Dreux

Mortagne - Dreux
| Position |
Heure |
Temps cumul |
Durée étape |
FC Max |
FC Moy |
FC Min |
Dist étape |
km/h étape |
D+(m) |
Dist cumul |
| Dreux |
07:40:00 |
50:35:00 |
3:56:15 |
139 |
106 |
80 |
75,79 |
19,90 |
412 |
1157,83 |
C’est le petit matin, il pleut de nouveau, lumière grise. Au début de cette étape, je m’aperçois que Gérald est dans un état encore pire que je croyais. On commence par une succession de bosses à 4%, qu’il monte à peine à 10kmh. J’essaye de le motiver en le distançant un peu mais ça ne marche pas. Je lui dis de mettre plus de braquet pour faire monter la pression, il ne répond pas. Je discute avec Patrick, on ne sait pas quoi faire pour le faire décoller. Ca semble durer une éternité. Enfin, il semble reprendre du poil de la bête. Je me mets devant pour assurer le train jusqu’à Dreux.
Arrêt 0:28:15, départ à 08:08:15
Jeudi 11h09 : Guyancourt

Dreux - Guyancout
| Position |
Heure |
Temps cumul |
Durée étape |
FC Max |
FC Moy |
FC Min |
Dist étape |
km/h étape |
D+(m) |
Dist cumul |
| Guyancourt |
11:09:00 |
54:04:00 |
3:00:45 |
159 |
122 |
92 |
69,64 |
23,90 |
428 |
1227,47 |
Difficile de croire que je roule depuis 54 heures. Nathalie et les enfants se sont levés pour leur 3ème petit déjeuner depuis que je suis parti. Pour cette étape, j’ai des jambes de feu. On part de Dreux avec un petit groupe de cyclos allemands qui discutent bruyamment. Ils voient nos plaques bleues, signe d’un départ à 5h, et ils lèvent le pouce en disant « Super ». Mais à la première côte, même en montant très lentement, on distance le groupe. Alors je décide de rouler. Seul Patrick me suit, Gérald décidant de finir plus tranquillement. Après une partie sur une route exposée en plaine, il y a quelques petites côtes que je passe sur la plaque. Dans l’une d’elles, je donne tout ce qui me reste, pour voir. Le cœur monte encore à 160 pulses, ce qui m’étonne car je pensais plafonner à 135 après tant d’heures (le fichier Polar me montrera plus tard que je pouvais effectivement monter plus haut sur toutes les étapes). Après ça, on termine gentiment. Il reste encore 25 kms pas très intéressants en zone urbaine. Les voitures qu’on croise nous font des appels de phare et sortent la main par la fenêtre avec le pouce en l’air. Ah, il n’y a pas à dire, on impressionne notre petit monde. On arrive finalement à l’arrivée sous les applaudissements de la foule.
Je finis en très bon état. Je n’ai aucune douleur nulle part et les jambes sont nickel. On a perdu quelques heures sur les dernières étapes, et on a pas bien géré les arrêts (globalement trop longs), mais on rentre quand même dans l’objectif avec un temps de 54h. Contrat rempli donc.
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Arrivée
Au final, on a roulé 48h à 26,25 kmh de moyenne, et accumulé 10049m de dénivelé. Le temps d’arrêt total se monte à 6h. Il est clair qu’avec des arrêts correctement maitrisés (mais c’est très difficile à 3 avec une seule assistance), et sans le gros coup de barre de Gérald, on faisait les 50 heures dont on rêvait secrètement. Ceci dit, compte tenu de la météo très défavorable, nous sommes satisfaits de ce temps. Il faut savoir aussi que nous n’avons eu que très peu d’aide d’autres coureurs et que nous avons fait environ 850 à 900 kms devant ou seuls. Après tout, il nous restait encore 1 h de délai pour tenir notre objectif, on a donc parfaitement géré comme il fallait.
Remerciements
Depuis toujours dans ce club, Gérald montre le chemin d'un cyclisme loin de la compétition, et par lequel nous atteignons pourtant des performances hors du commun, et ceci toujours dans un franc esprit de convivialité et de solidarité. Merci donc à toi Gérald.
Merci à Patrick aussi pour nous avoir accompagné, mis tes forces à notre service quand tu pouvais, attendu quand on coinçait, et géré sans rechigner quand tu étais moins bien.
Merci aussi à nos deux assistants Guillaume et Azdine: vous vous êtes très vite adaptés et votre aide a été précieuse. J'espère que l'expérience vous a plu et que vous êtes prêts à recommencer.
Enfin, le plus grand merci pour ceux qui ont le plus enduré mes absences pendant la préparation de cette épreuve : Mon épouse Nathalie, ainsi que mes enfants Sandra, Paul, Philippine et Marine.
Chiffres et statistiques
- Distance : 1227 kms
- Dénivellé : 10049 m.
- Temps roulé : 48 heures
- Moyenne roulée : 26,25 km/h
- 15 étapes de 81 kms en moyenne (3h15 par étape en moyenne)
- 14 arrêts pour un total de 6 heures (25 minutes en moyenne par arrêt)
- 388 000 battements cardiaques sur 54 heures, soit une moyenne de 120 pulsations par minute sur toute la durée de l'épreuve (ma FC repos au départ est à 46 pulsations/minute, et ma FC Max à 184, avec le seuil anaérobie à 172).
- Consommation énergétique : 30 000 kcal, soit l'équivalent de 11 jours complet de ma ration basale de nourriture. Pendant ces 54 heures, mon organisme a multiplié sa consommation énergétique par 5 et a utilisé les graisses pour au moins 45%.
Résultats
Le site de Paris Brest Paris a enfin publié les résultats individuels.
Les résultats ne sont pas classés, mais on peut faire le classement soi même facilement, ce que je n'ai pas pu résister de faire.
Il y a 3604 classés sur 5312 partants.
Seulement 30 coureurs en moins de 50h.
Patrick et moi sommes crédités de 54h29, ce qui nous place en 51 et 52ème position. Gérald est 53ème en 54h41. Comme nous le pensions, nous finissons bien premier du groupe de 5h du matin.
Georges est 182ème en 61h34.
Jean Pierre est 199ème en 62h23.
Seulement 600 finissent en moins de 70h. 926 entre 70h et 80h. Et plus de 2100 entre 80 et 90h.
Commentaires
Les données de Eric sont très intéressantes, et confirment bien l'investissement typiquement endurant. vous avez également eu le mérite de rester habillé comme des cyclistes, c'est à dire assez légèrement. Je pense que Gérald vous a très bien drivé, ses diverses et nombreuses expériences ne pouvaient que vous êtes bénéfiques.
GRAND BRAVO à vous tous, et MERCI de nous replonger dans cette ambiance unique à PBP.
Bernard PIGUET un ex Répondre en citant
Peut-être dans 4 ans !… Répondre en citant
en dehors de l'exploit sportif, c'est toute la gestion "scientifique" de l'épreuve que j'admire. on reconnait bien là , la patte du lapin, toujours précis et juste dans ses écrits et ses analyses.
bravo encore
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Bien amicalement,
La Tortue
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